Valentine Gauthier
On ne présente plus la créatrice Valentine Gauthier, lauréate du festival international des jeunes créateurs de Dinard en 2006. Ses petites ailes en cuir et ses robes à empiècement n’ont plus de secrets pour vous… Mais connaissez-vous les dessous de la marque ? Découvrez tout sur la collection hiver 2009-2010…
Comment choisis-tu les thèmes de tes collections ? Est-ce au coup de cœur, à l’instinct, ou est-ce plutôt un processus mûrement réfléchi ?
Les thèmes de mes collections apparaissent après diverses réflexions sur mon environnement, ce qui me plaît et m’inspire à l’instant précis de la création de la collection. Évidemment certaines expositions d’art contemporain ou encore certains films que j’aurais pu voir ainsi que des éléments tirés de la faune ou la flore, petit clin d’œil à mes anciennes études, me parlent plus que d’autres et me conduisent à un thème en particulier.
L’équipe apporte sa vision des choses, on trouve ensemble le lien qui unira toutes les pièces pour créer une histoire.
Quels sont les thèmes de cette collection ?
Il y en a 2 : les cétacés et les Vikings !
A la même époque, j’ai vu DR9, un film de l’artiste Matthew Barney qui se passe sur un baleinier Japonais, j’ai lu un livre sur les baleines et vu une exposition à ce sujet au musée d’ histoire naturelle. Cela m’a inspirée, notamment pour les coloris, mais aussi pour certains détails. Nous avons par exemple créé la robe “Fanon”, qui reprend dans ses découpes au travers de petits plis, l’image des fanons de baleines.
Évidemment, on ne peut pas deviner tout ça en voyant le vêtement, et tant mieux. Je ne veux pas faire de la mode conceptuelle, je n’ai rien contre, mais je préfère que le vêtement soit portable !
Pour compenser ce côté marin, on voulait un thème plus terrestre. On s’est inspiré des Vikings, qui, en plus d’être des guerriers, étaient des chasseurs de baleines. On a d’ailleurs fait des casques de Vikings en toile pour la vitrine de la boutique.
Est-ce que chaque collection est une continuité des précédentes ?
Il y a une continuité de style, toujours, mais aussi beaucoup de renouveau. Une idée développée dans une collection mais pas totalement aboutie peut être reprise dans la collection suivante, et mener à autre chose.
Les ailes sont une sorte de marque de fabrique, qui me suit depuis le début, et qui est reprise dans chaque collection.
Peux-tu définir le style Valentine Gauthier en 3 mots ?
Je ne sais pas répondre à ça ! On ne veut pas être enfermé dans des cases, si on se définit comme Glamour, Rock et Féminin (comme ce que l’on dit souvent de la marque), on ne peut plus faire autre chose.
Il y a toujours de la maille dans tes collections. Dans la 1ère, il y a avait beaucoup de pièces réalisées par des associations éthiques en Uruguay. Est-ce toujours le cas ? Est-ce un point important de ton travail ?
Oui, c’est important.
J’ai toujours voulu être styliste mais mes parents voulaient que je fasse un métier plus terre à terre. J’ai donc suivi des études de géo-ethnologie pour me destiner à une carrière d’ingénieur en écologie, mais l’aspect créatif me manquait.
Et puis j’avais envie de prêcher des non-convaincus. Dans la mode, il y a de nombreuses choses à accomplir à ce sujet. C’est une démarche très difficile à mettre en place. Il faut tout trouver seuls : les fabricants qui peuvent travailler comme nous l’entendons ainsi que les labels, qui pour le moment ne sont pas des plus limpides.
Il est difficile de respecter toutes les étapes, d’avoir une lisibilité depuis la matière première jusqu’à la fabrication.
Nous travaillons avec l’Uruguay, le Pérou, la Bolivie pour le coton pima (exempt de pesticide), et l’alpaga.
Nous travaillons aussi avec l’Inde pour le coton et la soie. Nous essayons de suivre la chaîne depuis le filage jusqu’au produit final et de mettre en place une charte éthique et bio. Nous faisons régulièrement des voyages là-bas pour suivre ça de près.
En France, nous travaillons aussi avec des artisans, comme pour nos bottes Camarguaises.
Au début nous cachions cet aspect de notre travail, car l’éthique s’associait difficilement à la mode, et avait une image réductrice, voire négative. Depuis, beaucoup ont suivi le filon, mais sans forcément se préoccuper des détails ou du sens.
Tu as beaucoup de succès auprès des blogueuses, qu’en penses-tu ? Est-ce que cela t’a aidé ?
Je suis plutôt contente, mais je ne me rends pas vraiment compte de l’importance. Je n’ai pas la culture blog, ce n’est pas ma génération. Mais les commentaires que je lis me servent beaucoup pour savoir si on va dans le bon sens. C’est un bon test, une prise de température.
En fait tout cela a commencé avec une marque qui lançait un GPS pour filles et qui a proposé à des blogueuses de tester un parcours pour découvrir des petits créateurs dans Paris. J’en ai ainsi rencontré quelques une qui se sont intéressées à la marque.
Quel cocktail de Talents t’inspire ?
Dans la mode, Felipe Oliveira Batista et Martin Margiela. Les photographes Tim Walker et Grégoire Alexandre.
En musique, Bat for Lashes, Soko, Poney Express.
Et les artistes Ron Mueck, Matthew Barney, Jan Fabre.






